J'observe depuis La Réunion, à 21 degrés au sud de l'équateur. Et chaque fois que je lis un article sur "les plus belles cibles pour smart télescope", c'est la même chose : M31, M42, M51... Des objets magnifiques, mais pensés pour le ciel de l'hémisphère nord.
Or, sous les tropiques et plus au sud, le ciel offre des merveilles qu'on ne voit jamais depuis Paris : la Carène, Oméga du Centaure, les Nuages de Magellan. Très peu de contenus en français en parlent. Cet article est pour vous si vous vivez dans l'hémisphère sud (Réunion, Maurice, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Afrique australe...) ou si vous partez y voyager avec votre smart télescope.
Comment lire cette liste
Pour chaque cible, je donne :
- sa hauteur maximale depuis La Réunion, c'est-à-dire l'angle au-dessus de l'horizon quand elle passe au plus haut. Plus c'est haut, moins on traverse d'atmosphère, et plus l'image est nette ;
- la meilleure période, celle où la cible passe au plus haut en début de soirée, vers 22 h ;
- le cadrage avec trois smart télescopes courants (Seestar S50, Dwarf 3 et Seestar S30 Pro), calculé avec le calculateur de champ du site.
Vous habitez ailleurs ? La hauteur maximale d'une cible se calcule simplement : 90 moins l'écart entre votre latitude et la déclinaison de l'objet (sa "latitude" dans le ciel). Le calculateur fait le reste.
1. La nébuleuse de la Carène (NGC 3372)

Pour moi, la plus belle nébuleuse du ciel. Immense, lumineuse, pleine de détails, avec en son cœur l'étoile Eta Carinae, l'une des plus massives connues.
- Constellation : la Carène
- Taille : environ 2 degrés, quatre fois la pleine Lune
- Hauteur maximale depuis La Réunion : 51°
- Meilleure période : de février à mai
- Jamais visible depuis Paris
Sa taille est son seul défaut pour un smart télescope :
Le Seestar S30 Pro la cadre en entier, le Dwarf 3 presque. Avec le Seestar S50, on se concentre sur la partie centrale, déjà spectaculaire, ou on passe par une mosaïque.
2. Oméga du Centaure (NGC 5139)
Le plus grand et le plus brillant amas globulaire du ciel : une boule de plusieurs millions d'étoiles. Visible à l'œil nu sous un bon ciel, il est fascinant au télescope.
- Constellation : le Centaure
- Taille : 36′, plus que la pleine Lune
- Hauteur maximale depuis La Réunion : 64°
- Meilleure période : d'avril à juin
- Jamais visible depuis Paris
Il rentre dans tous les smart télescopes. Le Seestar S50, avec sa focale plus longue, le montre le plus grand, et c'est ici un avantage : on distingue mieux les étoiles une à une. Personnellement, je ne suis pas très friand des amas globulaires, passé le premier émerveillement sur la densité stellaire, j'avoue vite me lasser, mais pour les amateurs c'est vraiment un superbe objet.
3. Centaurus A (NGC 5128)

Une galaxie à l'allure étrange, barrée d'une épaisse bande de poussière sombre. C'est en réalité le résultat de la fusion de deux galaxies.
- Constellation : le Centaure
- Taille : 26′ × 20′
- Hauteur maximale depuis La Réunion : 68°
- Meilleure période : d'avril à juin
- Pratiquement invisible depuis Paris, au ras de l'horizon
Elle rentre facilement dans tous les modèles. Le Seestar S50 la montre le plus grand, et c'est mon image ci-dessus.
4. Les Dragons d'Ara (NGC 6188)

Une nébuleuse sculptée par le vent des étoiles voisines, où l'on devine deux dragons qui s'affrontent. Elle demande du temps de pose, mais le résultat en vaut la peine.
- Constellation : l'Autel
- Taille : 20′ × 12′
- Hauteur maximale depuis La Réunion : 63°
- Meilleure période : de mai à août
- Jamais visible depuis Paris
Les Dragons d'Ara rentrent dans tous les smart télescopes, et le S50 les montre le plus grand. Comptez plusieurs heures de pose : mon image en cumule plus de 11.
5. La nébuleuse de la Crevette (IC 4628)

Une grande nébuleuse rouge d'hydrogène, dans la queue du Scorpion, dont la forme rappelle une crevette.
- Constellation : le Scorpion
- Taille : environ 1,5 degré
- Hauteur maximale depuis La Réunion : 71°
- Meilleure période : de juin à août
- Au ras de l'horizon depuis Paris, donc inaccessible en pratique
Elle rentre juste dans le Dwarf 3, confortablement dans le Seestar S30 Pro. Avec le Seestar S50, il faut une mosaïque.
6. Le Poulet qui court (IC 2944)

Une nébuleuse au nom amusant, parsemée de petits nuages sombres appelés globules de Thackeray.
- Constellation : le Centaure
- Taille : environ 1,25 degré
- Hauteur maximale depuis La Réunion : 48°
- Meilleure période : de mars à mai
- Jamais visible depuis Paris
Elle rentre dans le Dwarf 3 et le Seestar S30 Pro. Avec le Seestar S50, on cadre sa partie centrale, ou on fait une mosaïque de deux images.
7. La nébuleuse de la Tarentule (NGC 2070)
La nébuleuse la plus active de notre voisinage galactique, située dans le Grand Nuage de Magellan, à environ 160 000 années-lumière.
- Constellation : la Dorade
- Taille : 40′ × 25′
- Hauteur maximale depuis La Réunion : 42°
- Meilleure période : de décembre à février
- Jamais visible depuis Paris
Elle rentre dans tous les modèles, et le Seestar S50 la montre le plus grand.
8. Le Grand Nuage de Magellan (LMC)
Une galaxie entière, satellite de la nôtre, visible à l'œil nu comme un petit nuage détaché de la Voie lactée.
- Constellation : la Dorade
- Taille : plus de 10 degrés, une vingtaine de pleines Lunes
- Hauteur maximale depuis La Réunion : 41°
- Meilleure période : de décembre à février
- Jamais visible depuis Paris
Trop grand pour tous les smart télescopes en une image : c'est un sujet de mosaïque, ou de photo au simple appareil photo sur trépied. Avec un smart télescope, on explore plutôt ses régions les plus riches, comme la Tarentule.
9. 47 Tucanae (NGC 104)
Le deuxième plus bel amas globulaire du ciel, juste à côté du Petit Nuage de Magellan.
- Constellation : le Toucan
- Taille : 44′
- Hauteur maximale depuis La Réunion : 39°
- Meilleure période : de septembre à décembre
- Jamais visible depuis Paris
Il rentre dans le Dwarf 3 et le Seestar S30 Pro, et tout juste dans le Seestar S50.
10. Le Petit Nuage de Magellan (SMC)
Le compagnon du Grand Nuage, plus petit mais tout aussi impressionnant.
- Constellation : le Toucan
- Taille : environ 5 degrés × 3 degrés
- Hauteur maximale depuis La Réunion : 38°
- Meilleure période : de septembre à décembre
- Jamais visible depuis Paris
Comme son grand frère, il demande une mosaïque, sauf avec le Seestar S30 Pro qui en prend une grande partie d'un coup.
Quel smart télescope pour le ciel austral ?
Les grandes nébuleuses australes (Carène, Crevette, Poulet qui court) favorisent les modèles à grand champ comme le Dwarf 3 ou le Seestar S30 Pro. Les amas globulaires et les galaxies (Oméga du Centaure, Centaurus A, Dragons d'Ara) sont plus à l'aise avec la focale plus longue du Seestar S50.
Pour aller plus loin, j'ai comparé le Seestar S50 et le Dwarf 3 en détail, et tous les modèles du moment sont dans le comparatif.
Un conseil pour finir
Plusieurs de ces cibles passent assez bas, surtout depuis les régions tropicales. Choisissez un lieu bien dégagé vers le sud, et visez-les quand elles sont au plus haut : l'image n'en sera que plus nette. Et n'hésitez pas à tester vos propres cibles dans le calculateur de champ, qui en propose plus de cinquante, dont ces dix-là.
Questions fréquentes
Pourquoi ne voit-on pas ces objets depuis la métropole ?
Parce qu'ils sont trop au sud dans le ciel. Depuis Paris, ils restent sous l'horizon toute l'année. Il faut descendre vers les tropiques pour les voir monter.
Peut-on photographier le ciel austral avec un smart télescope ?
Oui, sans difficulté. Les smart télescopes fonctionnent partout : ils se repèrent seuls en reconnaissant les étoiles. Il suffit d'un ciel dégagé vers le sud.
Quelle est la meilleure cible australe pour débuter ?
Oméga du Centaure : très lumineux, facile à trouver, et beau même avec peu de temps de pose.